par l’Abbé François-Xavier Compté, prêtre à Wavre.par l’Abbé François-Xavier Compté, prêtre à Wavre.
La fête de la Saint-Hubert est traditionnellement l’occasion de se rassembler pour demander la bénédiction des animaux. Cela s’opère sous différentes formes selon les lieux, les époques et les personnes. Dans cet article, épinglons quelques éléments récurrents qui nous parlent du rapport entre les hommes et leurs animaux.
La tradition est attachée à saint Hubert, qui se serait converti selon la légende lors d’une chasse menée un Vendredi-Saint : il vit un cerf portant dans ses bois la croix du Christ. Comment pouvait-il chasser et festoyer un jour pareil ? De cette légende, on peut tirer au moins trois fils de réflexion. Premièrement, une pratique modérée de la chasse, celle-ci n’étant pas condamnée, mais remise en perspective. Deuxièmement, le patronage de saint Hubert nous donne l’exemple d’un évêque qui fut extraordinairement dévoué envers les plus pauvres, c’est par cela qu’il a été reconnu saint. Troisièmement, la tradition raconte aussi qu’il a souvent été invoqué pour guérir de la rage, une maladie qui affecte animaux et humains. On ne peut qu’être frappés par l’actualité de ces thèmes. La sagesse médiévale parlait déjà, à sa manière, de limites planétaires, de justice sociale et de zoonoses.
D’autres aspects de la fête sont révélateurs. Il ne s’agit jamais d’une fête privée. Le maitre ne bénit pas son chien le 3 novembre, et le fermier ne bénit pas ses vaches dans son étable. C’est au cours d’un rassemblement plus large que sont bénis nos compagnons à poils et à plumes. Un rassemblement hétéroclite puisqu’on y croise toutes sortes d’animaux et de propriétaires. Nos animaux sont encore une fois l’occasion d’aller vers les autres.
Enfin et surtout, la fête a un caractère religieux ou spirituel. Que signifie bénir des animaux ? Nous en avons déjà récolté plusieurs indices puissants, penchons-nous maintenant sur le texte de la bénédiction. « C’est Dieu lui-même qui est la gloire des saints, il a été pour saint Hubert le grand bonheur de sa vie, et c’est lui qui vous donne d’avoir part à sa fête… » On retrouve ici le caractère de fête, de rassemblement, on évoque aussi la question du sens de la vie. « …qu’il vous bénisse en vous offrant l’aide et l’exemple de saint Hubert, afin que vous puissiez vous donner davantage au service de Dieu, de vos frères et de la nature… » Le pape François a forgé l’expression “écologie intégrale” pour relier les questions écologiques et de justice sociale. « … qu’il bénisse vos animaux, Lui qui est au cœur de tout ce qui est beau dans nos vies, et qui nous donne la force de lutter contre le mal. » Bénir (bene dicere) c’est exprimer le bien qui est autour de nous, c’est choisir d’être attentif aux belles choses et choisir de les souligner, les encourager et remercier. Quand Dieu bénit, c’est pour nous inviter à le suivre, à bénir à notre tour et ainsi à “lutter contre le mal” et pour le bien.
En conclusion, cette tradition de la Saint-Hubert révèle une richesse de la sagesse chrétienne : l’espérance confiante qu’un bon rapport à la nature, à Dieu et aux autres est possible et souhaité par Dieu. Demander sa bénédiction, c’est choisir un mode de vie cohérent avec cette espérance.